Espagne : les seniors prennent la relève des «indignés»

Jeudi 28 Juin 2012

Des retraités ont lancé leur propre mouvement de contestation contre l'austérité, pour soutenir leurs enfants et petits-enfants.


Espagne : les seniors prennent la relève des «indignés»
On connaissait les seniors japonais prêts à se rendre à Fukushima pour épargner aux plus jeunes les conséquences des radiations. En Espagne, les personnes âgées veulent, elles aussi, prêter main-forte à leurs enfants et à leurs petits-enfants. Par le biais de manifestations et d'occupations de banques ou d'institutions, ces retraités, qui revendiquent leur filiation avec le mouvement des «indignés», espèrent bien rétablir la «justice sociale», en particulier en luttant pour la protection et l'amélioration de l'État-providence. Leur leitmotiv? «Ne pas se résigner sur la fatalité de la crise.»

«Une vie pire que la nôtre»
«L'idée de base, c'est que nous avons réalisé que nos enfants et nos petits-enfants avaient comme perspective une vie pire que la nôtre. Et qu'il fallait reprendre la lutte pour défendre nos droits», déclare à l'Agence France-Presse Celestino Sanchez, l'un des fondateurs du groupe âgé de 63 ans. Selon une étude récente de la Croix-Rouge de Catalogne, où a débuté le mouvement, les seniors sont devenus «un pilier indispensable pour pallier les séquelles de la crise»: 20% d'entre eux apportent une aide financière à l'un de ses enfants, 10% une aide alimentaire et 6,5% accueillent un enfant chez eux.

Facilement reconnaissables à leurs sifflets et à leurs gilets de sécurité jaunes, sur lesquels est inscrit «Non aux privatisations. Non à la corruption et à la spéculation», ces retraités se sont donné le nom de Yayo-flautas, inspiré de iaio, qui signifie «papy» en catalan. Le mot flautas est, quant à lui, une réponse aux récents propos tenus par la présidente de la région de Madrid, Esperanza Aguirre, qui avait traité les «indignés» de perro-flautas, surnom péjoratif désignant de jeunes marginaux.

Le système bancaire en ligne de mire
Pacifiques, les Yayo-flautas s'en prennent en particulier aux banques, en occupant leurs locaux brièvement, le temps de manifester en fanfare et de lire leurs manifestes dénonçant «l'argent pour sauver une oligarchie, et non pour les citoyens». «Le secteur bancaire est absolument honteux. Les mauvais gestionnaires, ceux qui nous ont coulés, sont partis avec des millions en retraite anticipée», a par exemple déclaré l'un des membres à la BBC. Interrogée par l'Agence France-Presse, Victoria Lillo, autre membre du mouvement, s'insurge: «On ne peut pas tolérer que Bankia jette dehors des familles. Si elle est nationalisée (le sauvetage a coûté 23,5 milliards, NDLR), elle est à nous et ses logements aussi».

Après Barcelone, les Yayo-flautas sont désormais présents à Madrid, Séville, Cordoue ou Valence.



(avec AFP)


Par lefigaro.fr


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