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23 août 1997 : disparition d’El Hadji Assane Marokhaya Samb, une mémoire vivante de l’histoire du Sénégal

Il y a 29 ans, le Sénégal perdait El Hadji Assane Marokhaya Samb, l’un de ses grands passeurs de mémoire. Érudit, historien de tradition orale, généalogiste et homme profondément attaché aux valeurs spirituelles, il a consacré sa vie à la connaissance des anciens royaumes sénégalais et à la transmission de leur histoire.


Rédigé par leral.net le Lundi 24 Août 2026 à 01:09 | | 0 commentaire(s)|

Le 23 août 1997 disparaissait El Hadji Assane Marokhaya Samb, figure majeure de la connaissance historique traditionnelle du Sénégal. Né en 1926 à Mpal Yari Guy, dans le Cercle de Louga, il était issu d’une famille profondément enracinée dans la tradition orale, l’histoire et la culture sénégalaises.

Son père, Marokhaya Kumba Jàngaan, fut le compagnon du chef de canton Samba Suna Fall, petit-fils du Damel Ma-Joojo Dégèn Kodd. Il était lui-même le fils de Njaan Yaasin Biraan, considéré comme un grand griot du Baol et descendant d’une longue lignée de griots portant le patronyme Samb.

Du côté maternel, Assane Marokhaya Samb bénéficia également d’un héritage exceptionnel. Sa mère, Ndumbe Mbeŋ, était la fille de Mëdun Penda Mbeŋ, éminent historien traditionaliste dont les connaissances constituaient une référence pour les spécialistes de l’histoire du Sénégal précolonial.

Un chercheur infatigable de la tradition orale

Cet héritage familial aurait pu suffire à faire de lui un connaisseur de l’histoire des anciens royaumes. Mais Assane Marokhaya Samb alla beaucoup plus loin. Très jeune, il entreprit de nombreux voyages à travers le Sénégal afin de recueillir les récits, les généalogies et les traditions auprès des derniers dépositaires de la mémoire orale.

Son frère, le bibliothécaire et archiviste Bathie Samb, soulignait dans la préface de son ouvrage consacré à l’histoire du Kajoor la rigueur de cette démarche. Il rappelait notamment qu’Assane Marokhaya avait parcouru à plusieurs reprises les lieux où s’étaient déroulés les événements qu’il rapportait et qu’il avait confronté les différentes sources avant de se décider à écrire.

Cette méthode témoigne d’une véritable démarche de recherche : écouter, voyager, comparer, vérifier et transmettre.

Une parfaite maîtrise de l’écriture arabe

Élève coranique, Assane Marokhaya Samb maîtrisait parfaitement l’écriture arabe. Il l’utilisait notamment pour consigner les informations recueillies au cours de ses recherches historiques.

Fervent musulman, il fut également talibé de Sëriñ Seex Mbàkke, dit « Gaynde Faatma », qui fut à la fois son guide spirituel et son ami. Par l’intercession de celui-ci, il eut accès aux écrits de Yoro Boli Jaw, une source particulièrement précieuse pour la connaissance des généalogies, de l’histoire et de l’étymologie des anciens royaumes sénégalais.

Ces documents étaient conservés chez le chef de canton Seex Tàkko Jóob, parent de Sëriñ Seex et petit-fils de Yoro Jaw.

Une voix familière de la radio nationale

Assane Marokhaya Samb fut également l’une des voix qui contribuèrent à faire connaître l’histoire ancienne du Sénégal au grand public.

Il participa régulièrement aux émissions historiques de la radio nationale, notamment « Regards sur le Sénégal d’autrefois », présentée successivement par Alassane Ndiaye, dit « Allou », Cherif Fall et Mansour Mbaye.

Il y côtoya plusieurs grandes figures de la tradition orale et de la musique traditionnelle sénégalaise, parmi lesquelles Kaani Samb, Moor Joor Sekk, Aali Baata Mbuub, Mada Sekk, Demba Laamin Juuf, Samba Sekk du Waalo, Ahmadu Njaay Samb, Ablaay Naar Samb et Samba Jabare Samb.

Au fil de ces émissions, il contribua à faire revivre les grandes figures historiques du Sénégal, des anciens Buur aux grands Sëriñ, permettant à plusieurs générations d'auditeurs de renouer avec une histoire souvent absente des récits scolaires.

« Cadior Demb », un ouvrage à redécouvrir

Parmi les œuvres laissées par Assane Marokhaya Samb figure son ouvrage consacré à l’histoire du Kajoor, Cadior Demb, publié en 1964 aux éditions Diop, puis réédité en 1981 par les Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal.

Ce livre demeure un témoignage précieux sur l’histoire et l’épopée du Cayor. Par sa richesse et son potentiel pédagogique, il pourrait encore trouver sa place dans l’enseignement de l’histoire et de la culture sénégambiennes, notamment comme support permettant aux jeunes générations de découvrir les grandes figures, les récits et les valeurs de l’ancien Sénégal.

Réhabiliter la fonction du griot

L’œuvre d’Assane Marokhaya Samb ne se limitait pas à la collecte de récits historiques. Elle participait également à une réhabilitation de la fonction sociale du griot.

Longtemps caricaturé par certains récits coloniaux comme un simple quémandeur, le griot traditionnel était avant tout un dépositaire de la mémoire collective, un conservateur des généalogies, des récits, des valeurs et des enseignements transmis de génération en génération.

Assane Marokhaya Samb incarnait cette conception exigeante de la fonction du griot. Son parcours était marqué par des valeurs telles que le Jom, la Fulla, la Fayida et la Kersa, principes qui structuraient l’éthique des sociétés traditionnelles et qui étaient rappelés aux Buur et aux Garmi lors des grandes veillées.

Au-delà de son immense érudition, ceux qui l’ont connu retenaient ainsi sa dimension morale et spirituelle.

Une mémoire toujours présente

Vingt-neuf ans après sa disparition, l’œuvre d’El Hadji Assane Marokhaya Samb conserve une importance particulière pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des anciens royaumes du Sénégal, aux généalogies des familles princières et religieuses et à la tradition orale.

Il demeure l’un de ces passeurs de mémoire dont le travail permet de relier les générations et de préserver un patrimoine historique qui ne peut être réduit aux seuls documents écrits.

El Hadji Assane Marokhaya Samb repose à Touba, ville sainte où il a été inhumé.

Son héritage demeure, lui, dans les récits, les ouvrages, les archives et surtout dans la mémoire de ceux qui continuent de s’intéresser à l’histoire profonde du Sénégal.