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NDOGOU DE QUARTIER, QUAND LE RAMADAN RIME AVEC SOLIDARITÉ

Rédigé par leral.net le Vendredi 21 Mars 2025 à 20:05 | | 0 commentaire(s)|

Au quartier HLM Grand-Médine, des bénévoles s'engagent pour préparer et distribuer des "ndogou". Cette initiative met en lumière l'importance du partage, surtout pour ceux qui peinent à rompre leur jeûne à domicile.

Au cœur des Hlm Grand-Médine, en ce mois de ramadan 2025, une chaîne de solidarité s’organise autour de la préparation et de la distribution de « ndogou » pour les jeûneurs. Amdy Ndiaye, figure emblématique de cette initiative, et d’autres bénévoles se mobilisent, chaque jour, pour offrir un repas simple mais réconfortant à ceux qui ne peuvent rompre le jeûne chez eux. Une action modeste, empreinte de générosité et de partage, qui illumine les ruelles du quartier et témoigne de l’esprit du ramadan.

De ses mains fines et expressives émerge un enchevêtrement de bracelets tarabiscotés qui semblent raconter une histoire à travers ses motifs complexes. Ses doigts, incurvés, encerclent délicatement une sébile moisie au design sobre, contrastant avec l’exubérance des ornements qui parent ses poignets. Arborant une tenue diaprée « typiquement Baye Fall », Amdy Ndiaye part à la rencontre des automobilistes et des usagers qui transitent dans une des rues passantes des Hlm Grand-Médine en ce début d’après-midi de lundi 10 mars 2025. Le cliquetis des pièces de monnaie légèrement étouffé par des billets de banque guide les pas traînants de Amdy qui, dit-il, collecte une somme plus ou moins conséquente pour préparer des « ndogou » afin de les servir aux nécessiteux, ainsi qu’aux personnes qui peinent à rentrer chez eux afin de rompre le jeûne à temps. 

« Cela fait presque 4 voire 5 ans que nous faisons cet acte symbolique en ce mois béni, mais aussi de repentance. Nous préparons du café et du kinkéliba infusé que nous partageons avec les croyants musulmans », explique-t-il, avec un cure-dents entre les lèvres et des dreadlocks touffus qui tombent sur le front. Chacun de ses mouvements, au corps gracile, paraît animé par une volonté de partage qui, malgré les rebuffades de certains, continue sa quête sans répit. « C’est dommage, parce que certains ont tendance à croire qu’on utilise l’argent collecté à d’autres fins. C’est agaçant, mais je tiens le coup. Notre préoccupation, c’est de partager avec les jeûneurs », renseigne-t-il, en continuant sa ronde.

À quelques mètres de Amdy, d’autres jeunes sont réunis autour d’un feu de bois sur lequel est posée une marmite. Juste à côté, un baffle distille des sonorités confrériques dans une « ambiance de solidarité ». Car, ici, le « leitmotiv », c’est l’entraide, perceptible sur des visages enveloppés dans une légère brume de fumée. « Nous sommes sur le point de filtrer le café Touba. L’heure passe vite, et nous devons tout finir avant la rupture du jeûne. Les gens ne vont pas tarder à venir. Ils connaissent bien les lieux », explique Saliou Diouf, un disciple mouride. 

Quelques minutes plus tard, à 18 heures et 50 minutes, au moment où le soleil commence à terminer sa course derrière les immeubles de ce quartier habituellement calme, un autre groupe apporte des gerbes de pain enveloppées dans du papier journal. Aussitôt, ils commencent à tartiner du chocolat et du beurre sur des tranches de pain. « C’est bien loin d’être des repas de luxe pour les jeûneurs, mais ça suffit pour faire le bonheur des nécessiteux. C’est tout le sens de cette activité que nous organisons durant les 30 jours de ce mois béni », explique un parmi les organisateurs, sous le couvert de l’anonymat. Après la préparation du « ndogou » quelques silhouettes, munies de thermos ou cafetières, commencent, petit à petit, à affluer vers « ce coin de repères ».

Du café et du kinkéliba sont également servis dans des sachets plastiques aux passants. « Je descends assez souvent à des heures indues en cette période de ramadan. Lorsque que je passe ici, j’en profite pour boire du café ou l’emporter chez moi puisque j’habite à quelques encablures », renseigne Amadou, la mine circonspecte. À côté de lui se tient un vendeur à la sauvette qui, selon lui, n’a pas réussi à rentrer chez lui pour rompre son jeûne. Contraint de se rabattre sur les « ndogou » de quartier, il salue allègrement cette initiative, qu’il juge salutaire. « N’eût été ces bienfaiteurs, j’allais sûrement souffrir en attendant de rejoindre mon domicile à Yoff. Ce sont des actions que nous devons encourager, tant elles revêtent un caractère à la fois symbolique et dévoué », confie Oumar, avec une demi-baguette de pain à la main droite.

Tandis que la nuit avance, les marmites se vident peu à peu, les cafetières refroidissent et les organisateurs plient bagage, épuisés mais « satisfaits », en attendant de refaire vivre cette belle initiative le lendemain. « C’est une tradition qui nous rassemble et nous rappelle que, même dans les moments les plus simples, nous pouvons faire une différence », soutient Amdy, avec un sourire las mais sincère aux lèvres. Selon lui, cette initiative, bien que modeste, est plus qu’un simple geste de générosité, incarne l’esprit de solidarité et de partage qui caractérise le ramadan. En offrant du café, du kinkéliba et du pain à ceux qui ne peuvent rentrer chez eux à l’heure de la rupture du jeûne, elle rappelle l’importance de la communauté et du soutien mutuel, surtout en cette période sacrée. Une action modeste, mais ô combien significative, qui réchauffe les cœurs et nourrit les âmes, bien au-delà des simples besoins physiques.

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Alioune


Source : https://www.seneplus.com/societe/ndogou-de-quartie...