
Présentez-vous à nos lecteurs !
Il est parfois très difficile de parler de soi-même, mais j’essayerai de me soumettre à l’exercice. Je suis Cheikh Bouchra Samb, je suis sénégalais, musulman et mouride. Mon père Serigne Saliou Samb, né en 1878, était un compagnon de Serigne Touba. J’ai appris le Coran avant d’être admis à l’école française. J’ai eu la curiosité de mener beaucoup de recherches dans la religion islamique et les différentes confréries de la même religion. J’ai voyagé dans plusieurs pays de la sous-région et même de l’Occident pour animer des conférences religieuses, tout comme dans la ville de Touba pendant les grandes manifestations.
Quelle est la principale motivation de votre présence en terre américaine pour cette édition 2011 ?
D’abord, je voudrai préciser que je suis venu ici pour la première fois en 2007 quand l’édition était dédiée à Serigne Abdoulahi Mbacké « Borom Deur-bi » dont le fils aîné Serigne Cheikh Abdoulahi, m’avait demandé de le représenter et d’animer la conférence du parrain. Depuis, c’est devenu une tradition sur la demande du MICA, organisateur de la manifestation.
Quelle est la pertinence d’un tel événement et quels en sont les principaux enseignements ?
Il s’agit d’un rendez-vous d’une très grande importance pour ceux qui connaissent bien l’histoire de Cheikh Ahmadou Bamba. Car il est apparu dans un contexte très difficile et caractérisé par l’occupation coloniale et toutes les contraintes qui vont avec : immixtions de langues et de religions étrangères. C’est dans ce contexte que le Cheikh, issu d’une famille très modeste, a révélé une nouvelle confrérie et une nouvelle forme d’adoration. Dans l’histoire du monde et des peuples, on n’a jamais lancé un tel défi à l’Occident sans en en faire les frais, ceci malgré toutes les tentatives de dissuasions, de déstabilisations, de neutralisation, et même d’exécution, en passant par son long exil au Gabon et en Mauritanie. Ce qui fait au total trente cinq ans de détention. Un préjudice historique ! « J’ai pardonné à tous mes ennemis », avait-t-il déclaré à son retour d’exil. Cet événement qui se tient dans le pays le plus puissant au monde, est un jour de pardon, de confessions, de recueillements et d’allégresse, à un moment de crise très profonde entre l’Islam et l’Occident. Nous sommes ici pour vulgariser le message du Cheikh, qui est celui de paix, de combat sans des armes de destructions massives, mais par la foi et la détermination dans un monde où l’Islam est incompris, caricaturé ou encore interprété. Le combat de l’Islam n’est pas celui de la terreur ou de la domination du monde. C’est celui de la symbiose et du dialogue. Nous voulons dire à l’Amérique que « l’Islam ne signifie pas terrorisme ». C’est cela la pertinence d’un tel rendez-vous. Comme vous l’avez-vous-même constaté, cette manifestation qui réunit plusieurs milliers de personnes se déroule depuis plusieurs années sans la moindre intervention ou escorte policière dans un pays ou tout rassemblement interpelle à la vigilance. C’est aussi cela la discipline comme le recommande notre vénérable Cheikh Ahmadou Bamba. « La vérité peut vaincre la force-La force peut anéantir la vérité-Mais l’union de la force et de la vérité est invincible ». C’est comme cela que nous résumons le Cheikh.
Comment en tant que conférencier mouride, analysez-vous les rapports entre chefs religieux et politiques qui mènent souvent à des dérives de tous bords, en vous inspirant des recommandations de Cheikh Ahmadou Bamba ?
Je trouve légitime que des chefs religieux aient une vision politique, ils peuvent même partager certaines idéologies parce qu’ils sont aussi des leaders d’opinion. Ils sont suivis par beaucoup de monde et ce sont des responsables. Donc normal qu’ils aient un avis sur la gestion de leur pays et sur la gestion de la chose publique. Personnellement, je ne sais pas quelle est leur position, mais Cheikh Ahmadou Bamba lui, avait une position bien tranchée. Il n’a jamais accordé un intérêt aux avantages et privilèges de ce bas monde. Il n’a jamais usé de son aura ou d’une quelconque emprise sur les gens pour obtenir soit une prospérité économique ou une ascendance sociale. Il a toujours cru en la récompense de son Seigneur qui, disait-il, est par-dessus tout. Serigne Touba n’a jamais reçu une assistance quelconque, que ce soit d’un Etat ou d’une autre organisation. Il construisait ses propres maisons et ne demandait de terres à personne. C’est la consigne qu’il donnait à tous les Cheikh qui ont obtenu sa bénédiction. Donc, en clair, un marabout n’a pas le droit de donner des consignes de vote. Le 30 août 1926, lorsqu’il avait besoin d’une autorisation pour construire la mosquée de Touba, il ordonna à son cousin Serigne Mbacké Bousso d’adresser une correspondance manuscrite à l’autorité française qui lui exigeait à l’époque une caution de cinq millions de francs, alors que le budget de tout le Sénégal était de cinq cent mille francs. Quand la nouvelle est tombée, le Cheikh a instruit ceci : « Quoi qu’on puisse nous demander, ne quémandez pas, ne mendiez pas et ne demandez aucune faveur à personne ». Et il ajouta : « C’est certes une grosse somme pour eux, mais pas pour le Tout Puissant ». D’où la recommandation des fameux cent quarante francs pour acheter une place au Paradis. Le 30 août 1926, la somme était totalement réunie et le Cheikh déclare devant un parterre de dignitaires et parents : « Si j’acceptais de collaborer avec l’autorité coloniale, on m’aurait construit cette mosquée sans que je ne décaisse le moindre franc, mais sans doute, en acceptant de vivre sous leurs contraintes », conclut-il. Et le Chef de nous faire comprendre que : « Le pouvoir te donne tout en échange à ta dignité et à ta foi ». Enfin, pour finir, Serigne Touba a toujours refusé les distinctions honorifiques, arguant que « celui qui n’a pas obtenu la récompense du Seigneur, ne peut pas le récompenser lui ». Il a formellement décliné le Chevalier de la Légion d’honneur français en leur répondant que ses épaules sont trop chargées de médailles du Seigneur pour supporter celles de ce bas-monde.
Source : DIASPORAMAG
Il est parfois très difficile de parler de soi-même, mais j’essayerai de me soumettre à l’exercice. Je suis Cheikh Bouchra Samb, je suis sénégalais, musulman et mouride. Mon père Serigne Saliou Samb, né en 1878, était un compagnon de Serigne Touba. J’ai appris le Coran avant d’être admis à l’école française. J’ai eu la curiosité de mener beaucoup de recherches dans la religion islamique et les différentes confréries de la même religion. J’ai voyagé dans plusieurs pays de la sous-région et même de l’Occident pour animer des conférences religieuses, tout comme dans la ville de Touba pendant les grandes manifestations.
Quelle est la principale motivation de votre présence en terre américaine pour cette édition 2011 ?
D’abord, je voudrai préciser que je suis venu ici pour la première fois en 2007 quand l’édition était dédiée à Serigne Abdoulahi Mbacké « Borom Deur-bi » dont le fils aîné Serigne Cheikh Abdoulahi, m’avait demandé de le représenter et d’animer la conférence du parrain. Depuis, c’est devenu une tradition sur la demande du MICA, organisateur de la manifestation.
Quelle est la pertinence d’un tel événement et quels en sont les principaux enseignements ?
Il s’agit d’un rendez-vous d’une très grande importance pour ceux qui connaissent bien l’histoire de Cheikh Ahmadou Bamba. Car il est apparu dans un contexte très difficile et caractérisé par l’occupation coloniale et toutes les contraintes qui vont avec : immixtions de langues et de religions étrangères. C’est dans ce contexte que le Cheikh, issu d’une famille très modeste, a révélé une nouvelle confrérie et une nouvelle forme d’adoration. Dans l’histoire du monde et des peuples, on n’a jamais lancé un tel défi à l’Occident sans en en faire les frais, ceci malgré toutes les tentatives de dissuasions, de déstabilisations, de neutralisation, et même d’exécution, en passant par son long exil au Gabon et en Mauritanie. Ce qui fait au total trente cinq ans de détention. Un préjudice historique ! « J’ai pardonné à tous mes ennemis », avait-t-il déclaré à son retour d’exil. Cet événement qui se tient dans le pays le plus puissant au monde, est un jour de pardon, de confessions, de recueillements et d’allégresse, à un moment de crise très profonde entre l’Islam et l’Occident. Nous sommes ici pour vulgariser le message du Cheikh, qui est celui de paix, de combat sans des armes de destructions massives, mais par la foi et la détermination dans un monde où l’Islam est incompris, caricaturé ou encore interprété. Le combat de l’Islam n’est pas celui de la terreur ou de la domination du monde. C’est celui de la symbiose et du dialogue. Nous voulons dire à l’Amérique que « l’Islam ne signifie pas terrorisme ». C’est cela la pertinence d’un tel rendez-vous. Comme vous l’avez-vous-même constaté, cette manifestation qui réunit plusieurs milliers de personnes se déroule depuis plusieurs années sans la moindre intervention ou escorte policière dans un pays ou tout rassemblement interpelle à la vigilance. C’est aussi cela la discipline comme le recommande notre vénérable Cheikh Ahmadou Bamba. « La vérité peut vaincre la force-La force peut anéantir la vérité-Mais l’union de la force et de la vérité est invincible ». C’est comme cela que nous résumons le Cheikh.
Comment en tant que conférencier mouride, analysez-vous les rapports entre chefs religieux et politiques qui mènent souvent à des dérives de tous bords, en vous inspirant des recommandations de Cheikh Ahmadou Bamba ?
Je trouve légitime que des chefs religieux aient une vision politique, ils peuvent même partager certaines idéologies parce qu’ils sont aussi des leaders d’opinion. Ils sont suivis par beaucoup de monde et ce sont des responsables. Donc normal qu’ils aient un avis sur la gestion de leur pays et sur la gestion de la chose publique. Personnellement, je ne sais pas quelle est leur position, mais Cheikh Ahmadou Bamba lui, avait une position bien tranchée. Il n’a jamais accordé un intérêt aux avantages et privilèges de ce bas monde. Il n’a jamais usé de son aura ou d’une quelconque emprise sur les gens pour obtenir soit une prospérité économique ou une ascendance sociale. Il a toujours cru en la récompense de son Seigneur qui, disait-il, est par-dessus tout. Serigne Touba n’a jamais reçu une assistance quelconque, que ce soit d’un Etat ou d’une autre organisation. Il construisait ses propres maisons et ne demandait de terres à personne. C’est la consigne qu’il donnait à tous les Cheikh qui ont obtenu sa bénédiction. Donc, en clair, un marabout n’a pas le droit de donner des consignes de vote. Le 30 août 1926, lorsqu’il avait besoin d’une autorisation pour construire la mosquée de Touba, il ordonna à son cousin Serigne Mbacké Bousso d’adresser une correspondance manuscrite à l’autorité française qui lui exigeait à l’époque une caution de cinq millions de francs, alors que le budget de tout le Sénégal était de cinq cent mille francs. Quand la nouvelle est tombée, le Cheikh a instruit ceci : « Quoi qu’on puisse nous demander, ne quémandez pas, ne mendiez pas et ne demandez aucune faveur à personne ». Et il ajouta : « C’est certes une grosse somme pour eux, mais pas pour le Tout Puissant ». D’où la recommandation des fameux cent quarante francs pour acheter une place au Paradis. Le 30 août 1926, la somme était totalement réunie et le Cheikh déclare devant un parterre de dignitaires et parents : « Si j’acceptais de collaborer avec l’autorité coloniale, on m’aurait construit cette mosquée sans que je ne décaisse le moindre franc, mais sans doute, en acceptant de vivre sous leurs contraintes », conclut-il. Et le Chef de nous faire comprendre que : « Le pouvoir te donne tout en échange à ta dignité et à ta foi ». Enfin, pour finir, Serigne Touba a toujours refusé les distinctions honorifiques, arguant que « celui qui n’a pas obtenu la récompense du Seigneur, ne peut pas le récompenser lui ». Il a formellement décliné le Chevalier de la Légion d’honneur français en leur répondant que ses épaules sont trop chargées de médailles du Seigneur pour supporter celles de ce bas-monde.
Source : DIASPORAMAG